Dans cette histoire, une guerre éclate entre les Rats et les Belettes. Les deux camps s’affrontent violemment, mais ce sont surtout les Rats qui subissent de lourdes pertes. Pendant la déroute, les simples soldats rats, sans parure, trouvent facilement refuge dans les moindres trous.
En revanche, les seigneurs rats, coiffés de plumes, de cornes ou d’aigrettes (symboles de leur rang), ne peuvent se faufiler dans les passages étroits à cause de leur « équipage » trop encombrant. Ils périssent donc en grand nombre, victimes de leur propre orgueil et de leur incapacité à s’adapter.
La fable montre que la simplicité et l’humilité permettent souvent de mieux s’adapter aux difficultés, tandis que l’orgueil et les apparences superflues peuvent devenir des handicaps, voire des pièges, dans l’adversité.
Vous entendrez au milieu du récit les noms de 3 héros chez les rats : Artapax, Psicarpax et Méridarpax. Ces noms sont des mots dérivés du grec qui signifient respectivement voleur de pain, voleur de morceau et voleur de miettes. Si le premier nom a été inventé par Jean de la Fontaine, les 2 derniers ont été empruntés à un autre histoire de l'antiquité appelée La Batrachomyomachie. En grec ancien Βατραχομυομαχία / Batrakhomyomakhía, signifie littéralement « La Bataille des grenouilles et des rats » et est une épopée comique parodiant l’Iliade d'Homère. Une autre histoire dans l'histoire...
La bataille des belettes et des rats
La nation des Belettes,
Non plus que celle des Chats,
Ne veut aucun bien aux Rats ;
Et sans les portes étrètes
De leurs habitations,
L'animal à longue échine
En ferait, je m'imagine,
De grandes destructions.
Or une certaine année
Qu'il en était à foison,
Leur roi, nommé Ratapon,
Mit en campagne une armée.
Les Belettes, de leur part,
Déployèrent l'étendard.
Si l'on croit la renommée,
La victoire balança:
Plus d'un guéret s'engraissa
Du sang de plus d'une bande.
Mais la perte la plus grande
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière,
Quoi que pût faire Artapax,
Psicarpax, Méridarpax,
Qui, tout couverts de poussière,
Soutinrent assez longtemps
Les efforts des combattants.
Leur résistance fut vaine ;
Il fallut céder au sort :
Chacun s'enfuit au plus fort,
Tant soldat que capitaine.
Les princes périrent tous.
La racaille, dans des trous
Trouvant sa retraite prête,
Se sauva sans grand travail ;
Mais les seigneurs sur leur tête
Ayant chacun un plumail,
Des cornes ou des aigrettes,
Soit comme marques d'honneur,
Soit afin que les Belettes
En conçussent plus de peur,
Cela causa leur malheur.
Trou, ni fente, ni crevasse
Ne fut large assez pour eux ;
Au lieu que la populace
Entrait dans les moindres creux.
La principale jonchée
Fut donc des principaux Rats.
Une tête empanachée
N'est pas petit embarras.
Le trop superbe équipage
Peut souvent en un passage
Causer du retardement.
Les petits, en toute affaire,
Esquivent fort aisément :
Les grands ne le peuvent faire.



