Une fable, c'est une histoire courte qui vise à instruire le lecteur tout en le distrayant. Dans celle qui suit, Lafontaine va nous mettre en garde contre l’hypocrisie et la ruse qui sont vaines face à une vérité ou une justice supérieure.
L'histoire est la suivante : Un païen, sceptique et rusé, décide de mettre à l’épreuve le dieu Apollon. Il se rend dans son sanctuaire en tenant un moineau dans sa main, prêt à l’étouffer ou à le lâcher selon la réponse d’Apollon. En le disant, je me demande si Lafontaine n'aurait pas jeté les bases de l'expérience du chat de Schrödinger ?
Bref, revenons à notre histoire et notre païen qui demande : « Ce que je tiens est-il en vie ou non ? » Apollon, voyant à travers son stratagème, répond : « Mort ou vif, montre-nous ton moineau, et ne me tends plus de piège. Je vois de loin, j’atteins de même. » Le païen comprend qu’on ne peut tromper les dieux, qui voient tout, même ce que l’homme croit cacher.
La fable met en garde contre l’orgueil de croire que l’on peut tromper l’ordre du monde ou échapper aux conséquences de ses actes. Elle invite à la sincérité et à l’humilité, rappelant que les mensonges et les manipulations finissent toujours par être démasqués. Que ce soit dans la vie personnelle, professionnelle ou politique, la transparence et l’honnêteté sont toujours préférables à la duperie.
L'Oracle et l'Impie
Vouloir tromper le Ciel, c'est folie à la Terre ;
Le dédale des cœurs en ses détours n'enserre
Rien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux.
Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux,
Même les actions que dans l'ombre il croit faire.
Un Païen qui sentait quelque peu le fagot ,
Et qui croyait en Dieu, pour user de ce mot,
Par bénéfice d'inventaire ,
Alla consulter Apollon.
Dès qu'il fut en son sanctuaire :
Ce que je tiens, dit-il, est-il en vie ou non ?
Il tenait un Moineau, dit-on,
Prêt d'étouffer la pauvre bête,
Ou de la lâcher aussitôt,
Pour mettre Apollon en défaut.
Apollon reconnut ce qu'il avait en tête :
Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton Moineau,
Et ne me tends plus de panneau ;
Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème.
Je vois de loin, j'atteins de même.



